Les Canadas vus par les Canadiens 1750-1860Division des archives de l'Université de MontréalModéliser le changement - Les voies du français
Un homme de son temps


Louis-François-Georges Baby (1832-1906) est un personnage méconnu. Pourtant, il est bien de son temps. Le connaître, c’est ouvrir une porte sur les idéologies, la politique, l’économie, la société et la culture du Canada et du Québec dans la deuxième moitié du 19e siècle.

Sa famille a ses racines dans l’aristocratie de la Nouvelle-France et dans la bourgeoisie d’affaires des 18e et 19e siècles. Mais à la fin des années 1840, son père est pratiquement ruiné. Heureusement, l’époque exige que l’on maintienne son rang et une tante fait instruire Baby au Collège de Joliette.


Louis-François-George Baby (1832-1906). 1873. William James Topley (photographe).
Avocat depuis 1857, l’homme est de santé fragile. Pour cette raison, en 1860, il s’installe à la campagne, à l’Industrie (Joliette), où il ouvre un cabinet d’avocat et fait des investissements judicieux. Pro-maire puis maire de la nouvelle ville de Joliette, il est élu député conservateur du comté fédéral de Joliette en 1872. Un an plus tard, il épouse sa cousine, Marie-Hélène Berthelet.


Comme George-Étienne Cartier, dont il est proche, Baby croit au Canada naissant, à la nation canadienne-française et à l’autorité morale de l’Église. Sa devise personnelle n’est-elle pas Mon Dieu, ma patrie, mon devoir ? À ses yeux, la nouvelle Constitution permet à la province de Québec de protéger l’essentiel : sa culture, sa langue et sa religion. En 1878, Baby devient ministre du Revenu de l’intérieur. Mais il n’aime guère la politique, un sport rude pour un érudit au caractère effacé. La politique ne l’aime d’ailleurs pas davantage. Il la quitte en 1880 pour devenir juge à la Cour Supérieure du Québec, puis à la Cour d’Appel jusqu’à sa retraite en 1896. Le «juge Baby» est né!

Le «petit homme à favoris et à la parole bredouillante, toujours vêtu d'une redingote et d'un chapeau haut de forme» dont se souvient Robert de Roquebrune est un fin causeur, un aristocrate dans l’âme, un amoureux de l’histoire et de l’art. Il fraie dans l’élite montréalaise et ses nombreuses sociétés savantes. De 1884 à sa mort, il préside entre autres la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal, qui lui doit en partie son Musée du Château Ramezay.


Louis-François-George Baby (1832-1906). [1900]. William Notman & Son (photographe).
Collectionneur et bibliophile invétéré, il accumule une des plus riches collections de son époque. Baby est aussi un philanthrope. Tant de son vivant qu’à sa mort, il distribue sa collection entre plusieurs institutions. Le Collège de Joliette hérite d’une collection de médailles et de monnaies. Le Musée du Château Ramezay reçoit des centaines d’objets : des tableaux, des gravures, lithographies, photogravures et estampes, des monnaies, des rapports gouvernementaux, des documents anciens, des objets anciens, des cartes, des plans et des maquettes.


L’Université de Montréal demeure le bénéficiaire le plus choyé du juge Baby. Membre de son Bureau des gouverneurs, il lui lègue, voilà exactement un siècle, sa riche «bibliothèque historique» constituée de 20 000 documents d’archives anciens et de plus de 3 000, livres brochures et documents de canadiana, dont certains sont fort rares. Il s’agit d’un des dons les plus prestigieux jamais reçus par l’Université et son centenaire mérite d’être souligné.

Hervé Gagnon